Tremblez

by Crakhed

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TREMBLEZ
Quiconque restant immobile et/ou s’abandonnant à l’étau oppressant de l’optimisme dans une quasi-dystopie telle que la nôtre devient du même fait un cercueil douillet pour le vampire qu’est le cynisme postmoderne. Quiconque ne tremblant pas devant l’actuelle déchéance idéologique est la pleine lune qui nous transforme en monstre vil, assoiffé et impulsif.

À TOUTE VITESSE
On a une chance, et c’est la seule, la dernière. Des événements impersonnels et improbables nous ont octroyé cette chance, chance au sens d’opportunité, chance probablement unique, irreproductible. Dans une telle situation, à une échelle mésoscopique (entre l’être intelligent et l’individu), l’être raisonnable aurait comme premier réflexe de se conditionner à tirer le meilleur de celle-ci. À une échelle macroscopique (soit les masses), et donc plus ou moins moderne, cependant, cet exact phénomène nous fait converger vers l’inverse de ce principe. Il faut comprendre que les être les plus inclusifs, empatiques, aimants, aimés et aimables, charitables, généreux et philanthropes que possible le sont malgré tout pour les mêmes raisons que ceux qui tuent, qui volent, qui envahissent, qui attaquent, qui harcèlent, qui agressent, qui détestent et qui violent. Cela a pour effet d’inciter les êtres microscopiques à ne vouloir tirer du bien que de leur chance personnelle. Étant incapables de trouver un juste milieu entre la leur et celle des autres, le gigantesque organisme macroscopique vient à en souffrir.

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Peut-être que notre incapacité à choisir un juste milieu dans cette situation ainsi que dans la majorité de nos actions nous viens directement de nos origines les plus fondamentales : les lois physiques. La physique semble nous refuser tout réel glissando : la mécanique quantique en est un gage déstabilisant, et le temps en est un autre; une des choses qui nous semble la plus linéaire et la plus fluide de toutes n’est en fait qu’un nanoscopique escalier.

NOIR OU BLANC
Ce principe de quantification semble être le nombre d’or de l’anthropologie: l’être humain, macroscopique et microscopique, tend constamment vers des extrêmes. Nous sommes tous radicaux dans tous nos actes. Une illustration des plus explicite de ce phénomène est l’idéologie politique: le fascisme pousse à l’extrême la centralisation du pouvoir, l’anarchisme prône son contraire. Le capitalisme pousse l’individualisme possessionnel à son extrême, le communisme veut son inverse. Même les idéologies qui semblent être les plus centristes sont plus souvent qu’autrement extrêmes en leurs fondements; le socialisme, par exemple, uniformise au maximum le poids politique des individus (l’Homme le plus ignorant et le plus malfaiteur a le même poids que le plus grand penseur de son époque). Ce principe est aussi valable pour la grande majorité des courants idéologiques comme le rationalisme par rapport à l’empirisme, le romantisme en réponse au classicisme ou la postmodernité en opposition à la modernité. Souvent même les idéologies qui répondent à d’autres laissent de côté la modération pour se concentrer sur le détachement absolu de l’ancienne façon de faire, comme dans le cas du romantisme, qui a totalement aboli les règles classiques. Nous ne sommes capables de voir et de faire les choses qu’en Noir ou en Blanc. Il est beaucoup plus facile pour notre esprit encore teinté de primitivité de réfléchir ainsi: « Cet homme est imbécile. » qu’ainsi: « Certains de ses agissements et de ses propos ne sont pas réfléchis à leur plein potentiel, probablement dû à une éducation défaillante ou à un quelconque problème psychologique… »  Ou encore ainsi: « Nous vivrons heureux pour toujours! » qu’ainsi: « Nous sommes présentement dans une situation qui nous est favorable, et nous sommes conscients que le sentiment de bonheur qui y est relié s’estompera probablement un jour… »

SUPPOSITIONS
La raison principale de cette dangereuse méthodologie réside dans notre façon de traiter l’information: notre cerveau emprunte des raccourcis pour accéder le plus rapidement possible à une conclusion satisfaisante. Par exemple, dans la phrase: « Regarde à droite, regarde à gauche. » Le dernier « regarde » n’était pas nécessaire à la compréhension de la phrase, car le cerveau qui interprète l’information établit automatiquement un lien entre les deux sujets, et remplacerait facilement l’impératif manquant par le premier. On assume et on suppose de façon constante, et c’est ainsi que l’on fait des énumérations, des listes et des phrases, mais c’est aussi la cause première de notre perte. Si je vous demande de me décrire en détail une personne que vous ne connaissez pas en regardant seulement sa photo, vous me cracherez une série de stéréotypes et de Suppositions figés dans votre cerveau, effets d’une observation plus ou moins exacte d’un certain nombre d’évènements. Certaines affirmations s’avèreront vraies, d’autres fausses, mais toutes seront le fruit de ce processus fallacieux qui est primordial à chaque instant de la vie de chaque être humain. Sans lui nous ne pourrions ni connaître, ni reconnaître, ni réfléchir, or elles sont la cause de la pire ignorance, l’ignorance évitable: le racisme, le sexisme, la religion, etc.

24Cr
Il est difficile de déterminer si ce processus est possible à éradiquer ou pas. En fait, vu la nécessité biologique de fonctionner ainsi dans certaines situations, il semblerait peut-être illogique qu’il le soit. Cependant, il est certain que ses effets néfastes pourraient être limités et même évités si l’on eut tôt fait de nous doter d’un sens critique. Dans cette optique, la pensée radicale pourrait devenir un excellent outil d’évolution de par les grands pas qu’elle fait faire à ses partisans. Le sérialisme, le be-bop, le free jazz et l’électroacoustique sont, dans le domaine de la musique, de bons échantillons de ce phénomène; en tant que tels, aucun de ces styles n’a eu de longue effervescence ayant mené à un établissement pérenne du genre et de sous-genres, car ils étaient (ou sont) trop défensifs, trop contre-culturels. Cependant, leur potentiel a, dans tous les cas, été ravivé par un métissage avec d'autres styles complémentaires, créant des mélanges qui s’emplissent de potentiel, comme du pop électroacoustique ou un choral dodécaphonique, par exemple. Le propos, dans ces cas-ci, devient beaucoup moins extrême, plus diversifié et plus reconnaissable, et donc souvent plus efficace que dans le style original.

TOUJOURS PAREIL
Malheureusement, l’être humain reste encore loin de son compte; les révolutions se font une ou deux fois par siècle, et elles sont presque toujours radicales. Pis encore, moins les révoltes sont présentes, plus elles semblent futiles à la masse, qui préfère de loin dormir d’un sommeil cynique qu’être active ou même consciente. Les opinions, les prises de position, les manifestations, les discutions profondes et sérieuses, l’art engagé et même la vérité deviennent désuets et vus par la masse rendue silencieuse et maladivement optimiste comme d’une lourdeur insupportable. La conscience devient peu à peu marginale, l’activiste et même, tragiquement, le citoyen sont vus comme des êtres idéalistes et sans pouvoir réel, et la vérité n’est plus. Tout devient subjectif et futile, Hollywood est le nouveau Homère, Homer est le nouvel Ulysse et le divertissement est son Cheval de Troie. Entertainment is the new survival. Les médias sont devenus des amphithéâtres bâtis sur les ruines du feu sens critique dans lesquels se battent jusqu’à la mort la tragédie et le documentaire, mais la masse garde avec eux la même relation de confiance qu’elle leur a toujours vouée. La culture populaire est devenue le refuge d’un mal de vivre inavoué se traduisant en un pseudo-nihilisme dévastateur et d’un confort funeste… La masse vétérante enseigne donc cette anti-foi à la future masse, enthousiaste au contact du réconfort de l’ignorance et de l’aliénation, et ainsi de suite, jusqu’à ce que le cercle vicieux se referme paradoxalement sur une victoire de l’amorphisme: le peu d’intelligence restante dans la population ne pourra effectivement plus rien faire contre l’ordre établi. Tout restera Toujours Pareil.

POP
C’est pourquoi il faut à tout prix, le plus rapidement et le plus intelligemment possible reformuler la culture populaire, l’informer, l’érudire, lui donner la chance de se comprendre elle-même pour contenir ses ébats de primitivité. Il lui faut comprendre et apprivoiser l’importance que l’individu a pour lui-même, il lui faut cesser de prétendre, tout en exploitant les individus derrière leur propre dos, qu’elle prône la collectivité et le vivre-ensemble. Il lui faut cesser d’évoluer lentement et en secousses drastiques. Il lui faut cesser de céder à ses Suppositions et de s’abandonner à la facilité. Il lui faut cesser de traiter les choses avec désenchantement, de croire que la subjectivité est partout et transcende tout. Il nous faut cesser d’entretenir le culte de l’éducation pour la réussite et commencer à faire valoir l’éducation pour sa beauté intrinsèque: la connaissance, le savoir, le plaisir… Il nous faut commencer à s’intéresser à tout ce que l’on peut par seule reconnaissance de notre chance. Il nous faut commencer à agir pour utiliser nos millénaires d’évolution à bon escient. Il nous faut agir.

ABORT
Le cynisme postmoderne est une arme de diversion massive. Il pousse l’individu à être sur-individuel, à s’occuper de lui-même de manière tellement exclusive qu’elle en devient maladive. Pour ce faire, l’individu se rattache à des Idées qui lui dicteront comment bien être. Que sa désillusion soit consciente ou inconsciente, elle fait centrifuger l’individu microscopique pour qu’il ne lui reste plus, pour vivre, qu’une puissante idée de ce qu’il devrait être. Il agit donc sous le joug de sa quête à l’imitation: il s’informe compulsivement de ses idoles, il tente de leur ressembler, de s’y rattacher, de s’en rapprocher le plus possible. Ses idoles sont difficiles à atteindre, mais sont tout aussi futiles que lui et que ses ancêtres qui lui ont tout appris. Son jugement étant altéré par sa quête, il voit en les idoles à qui on l’expose le plus fréquemment le plus grand potentiel. Comme gravitationnels, les idoles deviennent massifs, inter-microscopiques, aussi puissantes que la masse, car ils la contrôlent. Et pendant tout ce temps, le désanchantement vainc de sa fatalité: les individus en quête de Sens et d’identité sont devenus, au contraire, amorphes et tous aliénés par le même idéal. Les êtres microscopiques disparaissent pour laisser place aux masses macroscopiques.

ET LA COULEUR SE CASSE
L’entropie est un phénomène physique inévitable avec lequel nous pouvons nous sentir étrangement familier, car elle est à l’univers ce que la mort est à l’Homme. Elle nous semble d’autant plus familière parce qu’elle est la metteure en scène de la déchéance de notre espèce. Bien qu'elle soit inévitable, il n’est pas exclu qu’elle soit ajournable. C’est donc ici que la couleur se casse pour l’optimiste ainsi que pour le pessimiste, tous deux cyniques. Malgré que, dans une optique purement physique, l’éventualité de l’ajournement de l’entropie est évidemment exclue, dans notre cas, elle ne semble pas l'être. Avec des milliers d’années d’évolution derrière nous, il serait absurde d’accepter sans sourciller et sans réfléchir de régresser de cette manière, de redevenir des êtres primitifs, des animaux ayant pour seules soifs la richesse et la sexualité…

1/(S=kʙ·ln·Ω)
Pour refuser l’avènement précipité de l’entropie sur notre écosystème, pour empêcher l’apothéose de la culture aliénée, il nous faut agir. L’activiste n’est ni idéaliste ni cynique, mais bien réaliste, à l’opposé de l’optimiste qui prétend aveuglément, froidement et sans fondement que tout ira bien. L’activiste n’est pas violent s’il ne le faut pas, il est constamment le plus raisonnable possible et il est conscient de son pouvoir ainsi que de celui de la collectivité qui l'entoure. L’activiste ne doit pas être à l’écart de tout le monde, il doit être tout le monde. L'activiste est conscient qu’il agit pour lui-même, comme tous les autres activistes qui travaillent de concert avec lui. Il tente de s'enrichir du plus de connaissances possible pour s’enrichir intellectuellement dans le but de ne pas agir sans conscience. L’activiste en est constamment un, il défend ce qu’il croit bon dans n’importe quelle situation avec autant de jugement et de répartie que possible. L’activisme est un humanisme. Quand toute personne sera activiste, la culture de l'aliénation ne sera plus, et l’être humain pourra enfin se délecter réellement de l’intelligence pour laquelle il a si longuement évolué.

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released April 13, 2017

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Crakhed Montreal, Québec

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Track Name: À Toute Vitesse
Tout est immobile à toute vitesse
Individuel, personne pris en laisse
Pris dans l'espace, allongé sur le temps
L'entropie intrinsèque à tout moment

Peu à peu l'ordre fait son apparition
Appelées Dieu, les forces entrent en action
Une sculpture de carrure universelle
Leur plus grand opus, oeuvre intemporelle?

De la perfection découle le chaos
Réaction logique à ce qui semble beau
La nature range sa myriade de jouets
Froide, elle se réveillera peut-être jamais
Track Name: Noir ou Blanc
Comme la lumière n'existant que dans l'ombre
Comme la matière tapie sur le néant
Comme le son inscrit sur le silence
Ou est-ce le calme qui cache la tempête?

Comme le vieux dépouillé par le jeune
Comme la vie embellie par la mort
Comme l'amour amplifié par la haine
Ou est-ce le bien qui nous fait voir le mal?

Comme l'idiotie créée par l'intelligence
Comme l'être heureux craignant d'être malheureux
Comme l'emphatique animé par la pitié
Ou est-ce le fou qui serait sain d'esprit?

Comme une éternité temporaire
Comme une infinité éphémère
Comme des enfants qui naissent de la cendre
Ou est-ce le noir qui nous fait voir le blanc?
Track Name: Suppositions
Regarde à droite
Regarde à gauche
Le dernier "regarde" n'était pas nécessaire.
On assume, on suppose
et c'est ça, la cause qui fait qu'on se perds.

Dit moi qui c'est
Sans le regarder
Comment il est?
Dit moi qui c'est
Sans l'interroger
Comment il est?
Dit moi qui c'est
Track Name: Toujours Pareil
Je crois vivre des jours différends
Certains creux, d'autres courts, accablants
Mais c'est toujours pareil
Je pourrais révolutionner, changer, dérégler, bousiller
Mais ce sera toujours pareil

On dit que le temps arrange les choses, mais ce sont les choses qui arrangent le temps
On dit que rien arrive pour rien, mais rien n'arrive à cause de rien

Toujours, toujours, toujours, toujours pareil.

Victime de ma misanthropie je joues dans ma tête, mais tout s'arrête
J'devrais être dans mon lit, j'devrais être sur mon lit

Toujours, toujours, toujours, toujours pareil.

On nous dit q'on est différents, qu'on peut vivre en se distinguant
Mais on est tous pareils
On nous dit qu'on peut tout changer, forger notre propre réalité
Mais ce sera toujours pareil
On aurait peut-être pus gagner la course contre la réalité
Mais ça restera pareil
On est devenus aliénés, dépourvus, vidés, atrophiés
Et ce sera toujours pareil
Track Name: Abort
Imagine un monde:
Un seul contrôle tout le monde
Il leur impose la vie
Il leur impose la mort

L'expérience est un échec
Abort, abort.
Si ce n'est pas aujourd'hui
Ce sera jamais

Imagine un monde:
Chacun est spécial
Chacun est unique
À la façon de l'autre

Cet univers n'est pas disponible
Une utopie
Le projet n'est pas à refaire
Total désastre

Imagine un monde:
Certains boivent et mangent
D'autres ni l'un ni l'autre
Et c'est la loi

Un cercle vicieux sans résolution
Exponentiel
Toute contre-attaque est inutile
Abort, Abort.
Track Name: Et La Couleur Se Casse
C'est un crime contre personne
Hier je voyais tout en couleur
Mais la douleur surpasse
Et la couleur se casse

Hier je voyais tout en couleur
Aujourd'hui je vois tout en bruits
Ce soir vais-je encore voir
Encore admirer la nuit

Je suis dans les nuages
Le ciel me tombe sur la tête
Pareil comme une plage
Entre l'Homme et la mer

Je m'abreuve du ciel
Il pleut à boire debout
L'entretien de la vie
S'amorce devant nous

Mais la douleur surpasse
Du moins mutile le bonheur
Mais la couleur se meurs
Aussi fragile qu'un coeur

Et la couleur se casse
J'me coupe sur un morceau
Je saigne sur une page
Ma mort dessine un beau nuage